Tristan Bernabé

Hnönine 

Hnönine (naoenine) est mon prénom Kanak. Il m’a été donné par une grand-mère pendant une journée de mariage pour aider un vieil homme qui n’arrivait jamais à se souvenir de Tristan. Une aide pour me désigner mais surtout un symbole d’acceptation et d’intégration humaine, dans cette région du monde où les prénoms sont héréditaires, je faisais partie du clan. Cela faisait en effet presque six mois que je partageais la vie de cette famille et de Saint-Paul, leur tribu. J’ai participé avec eux à toutes les activités : le travail, les loisirs, les fêtes, les unions mais aussi les deuils.
Que ce soit pour planter un champ d’ignames, construire une baraque, aider à l’organisation d’un mariage ou partir à la chasse, j’étais toujours là. Pour moi intégrer les activités de la communauté était le meilleur apprentissage de la vie tribale. Une vie en immersion qui a été une réelle initiation humaine et culturelle. J’avais besoin de comprendre cette culture parfois si différente de la mienne. J’y ai découvert que nous ne sommes pas tous égaux et qu’une hiérarchie sociale existe. J’ai appris à respecter le clivage homme-femme, chacun a ses activités et ses droits. J’y ai aussi compris la valeur du don et l’importance de la parole, deux traits qui régissent et structurent la vie politique et tissent les liens sociaux.


C’est au cours de cette expérience qu’est né ce projet photographique par lequel j’ai voulu retranscrire la richesse et la beauté de ce monde. En partageant leurs quotidiens, la chance m’a été offerte d’être témoin d’une société qui m’est apparue vraiment étrangère à la mienne et c’était une première pour moi. Ce projet m’est apparu d’autant plus important et nécessaire quand j’ai réalisé à quel point cette civilisation souffre du soft-power occidental et tend à disparaitre dans une homogénéisation des pensées. Je voulais proposer des photos trait d’union entre nos cultures qui ne se comprennent pas toujours, en me gardant du piège des images choquantes ou misérabilistes. Il me paraissait plus important de témoigner par des images douces de la richesse de cette vie si fascinante et de lui rendre hommage.
Un projet photographique que je n’aurai pas pu imaginer avant de partir. Si le but de ce voyage était la découverte de la vie tribale, il est bien né parmi ces hommes et ces femmes. J’ai pris la route naïvement, sans documentation sur ces pays, seulement motivé par la vision que j’avais eu de la Nouvelle-Calédonie et des Fidji quelques années auparavant lors d’un court séjour.


Que ce soit en Nouvelle-Calédonie ou au Vanuatu, mon intégration est toujours passée par le partage et le travail. C’est grâce à cette philosophie que j’ai eu accès à cette culture et pu ramener ces images. Je suis attaché à ce prénom de Hnönine, il incarne ma démarche : toujours essayer de partager un maximum du quotidien des gens qui m’accueillent. En retour j’ai reçu ce nom, ce baptême.
J’avais écrit avant de partir que le voyage c’était se rendre orphelin de son quotidien pour mieux être adopté ailleurs, je n’aurais jamais pu espérer m’enrichir à ce point.

Tristan Bernabé

4>19 novembre 2016

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