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>22.12.2021

 

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Cambodge, Chemins détournés

 

La Galerie Batia Sarem est heureuse de vous propose une exposition « hors les Murs ». Notre espace à Siem Reap au Cambodge étant temporairement fermé depuis Octobre 2020 en raison de l’épidémie de Covid-19, nous avons décidé d’organiser des expositions d’artistes du Cambodge à la Galerie Lee, située au cœur du quartier de Saint Germain des près à Paris.

 

L’exposition qui s’ouvre le 2 décembre 2021 s’intitule « Cambodge, chemins détournés » et présente deux artistes, Morrison Polkinghorne, un australien ayant vécu huit années au Cambodge, et Kwan, un artiste émergent qui vit et travaille à Phnom Penh. Différents par leur origine et leur âge, Morrison et Kwan se rejoignent dans une volonté de renouvellement des techniques picturales. Les deux puisent dans la tradition cambodgienne mais la transforment, parfois la contournent, en prenant des chemins détournés, pour aboutir à la représentation des campagnes ou ses villes du Cambodge ou peut-être d’un paysage mental.

 

Dans une scène artistique cambodgienne parfois entravée par le poids de l’héritage angkorien et sa représentation répétitive, s’écarter des sentiers battus n’est pas une chose facile. Morrison et Kwan convoquent avec élégance les références à la tradition – la fleur de lotus rituelle des cérémonies bouddhistes pour Morrison, le sanscrit qui est une des sources de l’alphabet khmer dans le cas de Kwan - mais en en leur assignant un fonction esthétique inattendue, en proposant un regard différent sur ces éléments ancestraux, en puisant dans leurs propres obsessions et références ; un australien passionné par l’art décoratif et l’abstraction d’un côté, un cambodgien nourri de contre-culture urbaine et de rap de l’autre.

 

Tant Morrison que Kwan sont attentifs à la nécessité du recyclage. Les deux réutilisent de matériaux trouvés qui n’étaient pas destinés à la pratique artistique et ainsi, ils inscrivent leur pratique dans un cycle long. Morrison réutilise les fleurs de lotus fanées qui ont servi aux cérémonies dans les temples, carbonisant les pétales pour en tirer l’encre à l’issu d’un processus de distillation. Du lotus, il fait également son pinceau puisqu’il utilise la tige pour imprimer l’encre sur son papier.

 

Kwan est avant tout un artiste de la rue : dans les peintures présentées à Paris, il incorpore à son acrylique du ciment qu’il récupère et il utilise le spray à l’instar de la plupart des Street artistes. L’idée et de peindre vite, en réaction à un environnement donné et en subvertissant les contraintes de la rue. Kwan a l’habitude de peindre sur les murs mais parfois d’amener la ville à lui, quand il détache des morceaux de tôles, quand il récupère des chaises cassées et peint sur ces supports qui ont trouvé avec lui une nouvelle fonction.

 

Dans les deux cas, il y a la volonté d’expérimenter, de découvrir des instruments originaux et des mediums non-traditionnels. Mais à la fin de l’expérimentation, la réalisation d’une composition marquée par l’harmonie et l’apaisement réunit les deux artistes. Les couleurs utilisées par Kwan - le bleu ciel, le rose ou le noir rehaussé d’or - contrebalancent la rudesse de l’univers urbain. Dans le cas de Morrison, la répétition systématique du même motif finit par faire émerger une géographie brumeuse, un paysage de montagne qui apparait derrière les nuages, une rivière peut-être ou encore une carte, dessinés par les contrastes de blanc, de noir et de gris qui s’équilibrent à la manière d’une méditation.

 

Enfin, la réinvention du langage est au coeur de leur pratique. Ils partagent la même volonté de créer un nouvel alphabet, incompréhensible mais sensible, qui impacte de manière émotionnelle celui qui regarde. Morrison utilise la répétition du même motif créé par la tige de lotus. Celui-ci devient un idéogramme étrange dont le sens se modifie selon la force avec laquelle il est imprimé sur le papier. Sa pratique évoque le mantra, le son qui n’a pas de sens littéral mais dont la répétition permet d’accéder à une forme de vérité. Kwan utilise des motifs sanscrits déformés et non reconnaissables qui sont autant de graffitis illisibles mais qui finissent par imprimer l’œil. Ces signes ont un sens, ils finissent par faire apparaitre des étranges danseurs ou des buildings qui se détachent dans la nuit.

 

Pour celui qui regarde les dessins de Morrison ou les peintures de Kwan, quelque chose est en train d’apparaitre et c’est bien cela que proposent les deux artistes : ils veulent que le spectateur soit témoin de l’émergence progressive et méditative d’une forme, que chacun définira selon son regard. C’est cela que nous aimons chez ces deux artistes ; qu’ils nous surprennent par leur manière innovante de pratiquer le dessin et la peinture mais que leurs expérimentations n’en restent pas au stade de la performance. Ils parviennent en effet à donner vie à un langage de l’indicible et à des paysages mentaux, qui sont à portée de vue de celui ou celle qui aura la patience d’emprunter leurs chemins détournés.

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