Retour à tous les événements

Sothea THANG - Les Veilleurs


  • Galerie Lee 9 Rue Visconti Paris, IDF, 75006 France (carte)

Il y a des artistes que l’on découvre. Et puis il y a ceux que l’on retrouve. J’ai rencontré le travail de Thang Sothea il y a plus de treize ans. En 2013, j’avais déjà eu le plaisir de présenter à Paris son travail « Cambodge la force d’un regard ». Ce qui m’avait alors touché était sa capacité à partir de quelque chose de profondément cambodgien pour inventer un langage qui lui appartenait. Aujourd’hui, avec Les Veilleurs — The Keepers, je retrouve un artiste dont le langage s’est affirmé.

Architecte de formation et artiste autodidacte, Sothea travaille la ligne, la structure, l’espace et la matière. Dans Manu, Devata ou Apsara, la figure humaine, le spirituel et la transformation étaient déjà présents. Avec Les Veilleurs, ses formes sont devenues plus intérieures, plus silencieuses.

La série est née à un moment difficile de sa vie. Sothea évoque l’image du cocon : un espace où l’on se retire du monde, non pour disparaître, mais pour en sortir transformé.

Qui sont-ils ? Au Cambodge, le visible et l’invisible ne sont jamais complètement séparés. Ancêtres, génies, divinités ou esprits protecteurs accompagnent encore le quotidien. Pourtant, les Veilleurs de Sothea ne représentent ni une divinité ni un esprit précis. Ils sont simplement des présences. Ils sont là. Ils veillent. Et parfois, cela suffit.

Au centre de chaque sculpture, une forme évoque un cœur, une énergie intérieure, peut-être un petit monde. Sothea n’en impose aucune lecture. Comme au cinéma, j’aime qu’une œuvre conserve un silence, un hors-champ où chacun puisse entrer avec sa propre mémoire.

La mémoire est aussi inscrite dans la matière. Sothea construit le métal comme une ossature et le textile comme une peau. Il utilise notamment le sarong, tissu familier de la vie cambodgienne. Que contient un sarong ? Une grand-mère, une mère, une maison, une enfance. Il le découpe, le torsade, l’enroule et lui donne une autre vie.

Ce geste raconte aussi le Cambodge que j’aime regarder : pas seulement celui d’Angkor ou de son histoire tragique, mais un Cambodge qui crée, transforme et se souvient sans rester prisonnier de sa mémoire.

En 2013, je voyais un jeune artiste chercher sa propre écriture. Treize ans plus tard, je retrouve un artiste qui ne cherche plus simplement son langage : il l’habite.

Car, au fond, collectionner une œuvre n’est peut-être pas seulement posséder un objet. C’est choisir une présence. Et lui faire une place dans sa vie.

 

Rotha Etienne Moeng

Précédent
Précédent
8 avril

LUMINESCAPES - BAZIL HABIB